Images et Représentations de l’Assurance

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Deux siècles de perception (1820-2020): Acteurs – Institutions – Organisations

Colloque organisé dans le cadre de la Chaire «Assurance et Société» - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/ FFA à l’Institut national d’histoire de l’Art –INHA –(printemps 2021)

Présentation générale

L’assurance est de toutes les grandes industries, celle qui est la plus mal connue du grand public et au sujet de laquelle il règne le plus de préjugés
Charles Georges-Picot, «Une industrie méconnue l’Assurance» La Revue hebdomadaire, 1928

Cette manifestation scientifique a pour objectif d’analyser la perception sociale de l’Assurance, de ses acteurs, institutions et organisations, ainsi que sa représentation mentale dans l’espace public. La pratique de l’interdisciplinarité et le recours à l’historicité permettront d’explorer de nombreux champs de recherche aujourd’hui encore inédits, quelques soient le secteur assuranciel et les organisations considérées: assurances privées, mutuelles et institutions de prévoyance. Exceptées quelques études contemporaines, réalisées dans le cadre des sciences de la communication et d’approches relevant du management ou du marketing, il n’existe quasiment pas de travaux scientifiques de caractère universitaire sur cette question replacée dans une dimension d’historicité, englobant les XIXe et XXe siècle. La réflexion sur les images et les représentations de l’Assurance est d’autant plus nécessaire que :
— d’une part les grandes questions sociétales liées aux risques anciens (incendie, accidents...) mais aussi plus contemporains (automobile par exemple) ou nouveaux (technologiques, environnementaux, cyber...) ont leur traduction ou reflet immédiat dans l’Assurance, ce secteur majeur de l’économie dans lequel s’investit massivement et fructifie l’épargne
— d’autre part, l’Assurance doit répondre à la "société du risque" aux grandes évolutions économiques et juridiques du temps présent(concentration sur les marchés, intensification de la concurrence, financiarisation...), aux besoins sociétaux de solidarité: démographie, santé, retraites, vieillesse, dépendance, notamment); aux défis majeurs de la techno-science et des bouleversements environnementaux...

Études et sondages d’opinion montrent de façon récurrente de la part du public une carence de la perception de l’industrie de l’Assurance, plus précisément de ses acteurs, les assureurs. Même si la Mutualité Française semble quant à elle y échapper en recourant à la notion de "vraie mutuelle" pour évoquer sa spécificité dans le secteur professionnel des assurances dites "complémentaire santé" (mutuelles 45), cette carence se manifeste très tôt, dès la seconde moitié du XIXe siècle dans la presse d’opinion, la littérature, mais aussi à partir de la IIIe République dans les débats parlementaires et à l’occasion de grands enjeux politiques et sociétaux (nationalisations par exemple), catastrophes, crises et affaires.... Elle se traduit aussi par des actions de groupes de pression (associations, ligues) tant professionnels que de la part des assurés.

Durant le XXe siècle, alors que l’Assurance se développe dans tous les secteurs, diversifiant les catégories de risques couverts ce qui lui permet un accroissement de son marché, tandis que la profession s’organise, sa perception est toujours autant problématique qu’ambivalente. Les campagnes publicitaires dans la presse destinées aux assurés ou dans les grands quotidiens, à la radio puis à la télévision ne semblent pas modifier sur le fond cette défiance du public vis-à-vis des acteurs du monde assuranciel. Le relais pris depuis le début des années 2000 par les réseaux sociaux associés à cette abondance d’images visibles en permanence sur le web au cœur de la nouvelle économie numérique ne semble pas modifier ce constat. Les grandes enquêtes réalisées en France à compter du début des années 1950 à la demande notamment de la Fédération française des sociétés d’assurance – FFSA par les grands organismes comme le Credoc, l’Insee, sur le marché de l’assurance ou bien les travaux entrepris durant les années 1970-1990 dans le cadre du Comité d’action pour la productivité dans l’assurance – CAPA ou du Centre d’information et de documentation de l’assurance – CDIA, convergent en révélant pour les compagnies, les assurances commerciales longtemps placées sous le contrôle de l’État du fait des nationalisations de 1945, un déficit d’image en raison d’une perception fréquemment négative.Si les mutuelles d’assurance à but non-lucratif, avec leur mode de gouvernance spécifique et le rôle central joué par leurs sociétaires, semblent moins touchées, les questions relatives aux valeurs d’un modèle assuranciel, à l’identité et à l’éthique demeurent prégnantes, même dans le secteur de l’économie sociale. Le colloque a donc pour ambition d’engager une réflexion interdisciplinaire ouverte à l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales (du droit à la sémiologie; de la philosophie à la psychanalyse, de l’économie à l’histoire de l’art, ...), afin d’enquêter sur la perception de l’Assurance selon trois aspects:

1 — la perception de la place économique et financière des compagnies /sociétés d’assurance en termes de puissance et de richesse
2 — la perception de la défiance des assurés vis-à-vis d’un monde professionnel (avec ses métiers) et d’un secteur d’activité très mal connu
3 — la perception d’une confusion sur la fonction même de l’Assurance, entre demande collective et individuelle de sécurité, d’assistance, de solidarité, de prévoyance d’une part et le caractère commercial ou non de ce secteur.

Partant de ces constats, le colloque se propose d’en comprendre les raisons à travers plusieurs niveaux d’analyse de l’image: image matérielle, image mentale, culture de l’image. L’approche de la culture de l’imagea vocation à mieux saisir, dans une démarche d’historicité comparative, d’une part:

1 — l’image de l’assurance sur le plan du reflet de cette industrie dans l’esprit du public, des consommateurs, des assurés, notamment à partir des premières enquêtes de marché et sondages d’opinion (dès les années 1930-1950).
2 — l’image de «marque», donc l’image des entreprises (compagnies et sociétés), en rapport avec les résultats financiers, les dirigeants, la gestion, les produits, les valeurs pour promouvoir l’expansion commerciale et la conquête de marchés intérieurs et extérieurs, mais aussi les valeurs transmises (responsabilité, prévoyance...).
3 — l’image transmise dès le XIXe siècle par les journaux, la littérature, l’art, le cinéma, etc.
4 — l’image, reflet des grands débats politiques et parlementaires mais aussi des discussions au cœur des syndicats, organisations et des corps intermédiaires; d’où l’attention portée aux discours.

Les travaux du colloque s’inscriront dans un souci d’interconnexion des pratiques de l’écrit et du discours mais aussi d’une approche anthropologique de l’image au cœur d’une culture où l’histoire, la mémoire collective et les systèmes symboliques sont parfaitement structurants. Le choix d’une quinzaine de thèmes permettra d’explorer de vastes champs d’enquêtes novateurs et inédits:

— L’argent et l’Assurance
— Le contrat entre confiance et défiance
— Fraude, criminalité et assurance
— Un carrefour de cultures, financière et commerciale
— Respectabilité d’une élite et notoriété des sociétés
— Le repli et la défense corporatiste
— Les intermédiaires du commerce des polices d’Assurance
— Précarité des entreprises et garantie des assurés-L’ambivalence du risque
— Le traumatisme du sinistre et sa réparation
— Liberté et contrôle: le rapport paradoxal de l’Assurance à l’Etat
— Obligations d’assurance et intérêt général
— Valeurs assurancielles et conquête des marchés (intérieur et extérieur)
— Innovations et Assurance

Les propositions de contributions sont à envoyer avant le 31 décembre 2020, sous la forme d’un résumé compris entre 1500 et 2000 signes maximum.

Elles seront accompagnées d’une rapide présentation bio-bibliographique de leurs auteurs.
Contacts: raymond.dartevelle@gmail.com et fatiha.cherfouh@gmail.com